Phil Minton (photo dolphy00)
12-05-06_24_Phil MintonUn concert à partir de 17h : utile pour ne pas se ronger les ongles en attendant soit des infos de Belgique, soit le verdict officiel. Mais il y avait d'autres concerts auix mêmes heures.
Phil Minton donc.
C'est une figutre de la musique improvisée, en particulier de la scène britannique.
Son instrument ? Sa voix.
Avouons qu'il s'agit là de la musique dans son extrême dénuement. Pas d'accessoire, pas d'électronique (oui, sauf le micro). Sans le support de quelque ligne mélodique que ce soit, ni d'un rythme fût-il à peine esquissé. Pas de mots non plus, qu'ils soient supports de sens ou non.
La voix seule et la nécessité impérieuse de renouveler le souffle.
Il reste la matière sonore elle-même face à une autre nécessité : celle de renouveler le discours près d'une heure durant, tout en s'assurant que l'instrument ne s'éraillera pas, qu'il ne se déchirera pas en plein vol.

Certes ils étaient deux. Christine Bertocchi avait le redoutable privilège de partager cette scène avec cette quasi légende.

Mais qu'est ce "qui fait légende" chez Phil Minton ? Probablement une extrême ductibilité de la voix et un réel talent d'acteur, même s'il relève d'un registre minimaliste.
Dés le début du set,en effet, il ferme les yeux pour un voyage intérieur, mais tout son corps joue sur scène, alors qu'il est assis, qu'il est économe de mouvements. Pas de gestuelle narrative. On le voit comme en préparation, sa voix reprenant encore une sorte de feulement, une forme d'accumulation d'énergie. Puis l'explosion, ou plutôt ce chant à plusieurs voix sorti d'une seule bouche. Au saxophone, dans les années 60, on criait à l'imposture face à Coltrane lorsqu'il produisait ces sons multiples. Ici, cela se fait simplement devant nous, et ce n'est pas la seule figure originale de son discours; juste un instant de stupeur admirative de ma part.
On pourrait croire Christine Bertocchi vouée au rôle d'accompagnatrice. Très crânement, elle développe un discours fait de successions de roulements, de cris de rage, d'envolées vers les suraigus d'une voix très pure, de chants primordiaux amérindiens ... on s'épuiserait à décrire l'éventail sonore sollicité. Une manière intelligente de tracer sa propre voie tout en veillant à croiser à de multiples reprises la route de Phil Minton, voire même de projeter à son tour certaines des figures de son compagnon de scène : une belle connivence.

Deux vidéos pour découvrir cette musique particulièrement originale, déroutante. La salle, sonore, renvoyait des sons parasites, mais l'attention portée aux deux voix permettait de les zapper inconsciemment.

Une séquence en début de set

lien direct : http://youtu.be/Lc81fVoduDs  ;

... et la séquence finale

lien direct : http://youtu.be/g1k4SzRQetw  .

Enfin, quelques images fixes pour compléter ces vidéos. Il suffit de cliquer sur l'image pour voir l'album.

Phil Minton & Christine Bertocchi
12-05-06_18_Phil Minton, Christine Bertocchi
(photos dolphy00)

En parallèle, les organisateurs du concert scrutaient le scrutin pour nous informer ... sans rien nous dire : le jazz nous a appris depuis longtemps à entendre des notes qui ne sont pas jouées.